Le 15 Mars dernier, les habitants des communes sont allés élire leur maire, leur représentant à l’échelle de la commune. Mais que sait-on vraiment de lui ?
Tout d’abord que c’est la personnalité politique préférée des français, en raison de sa proximité avec ses électeurs et de ses concitoyens, ainsi que de son « autorité bienveillante » pour reprendre les mots de C. Le Bart. Ce dernier nous explique que depuis 1980 et la « décentralisation », l’état a délégué une bonne partie de ses pouvoirs aux maires, que ce soit en urbanisme ou en aménagements publiques. C. Le Bart nous informe également qu’ils peuvent « développer des politiques culturelles et sportives, de démocratie participative, de logement ». Enfin, Les mairies commencent de plus à investir le terrain de la lutte contre l’insécurité, avec la police municipale, et la question de son armement. Les élus locaux tendent donc à s’investir sur des terrains même réservés traditionnellement à l’état.
Et pourtant, une baisse de la participation est constatée, même sur les élections municipales, malgré un taux moyen de participation avoisinant les 60%. Et cela représente un danger pour la démocratie selon C. Le Bart, qui reprend l’exemple des scrutins de 2020, ou la participation était tombée au plus bas à cause du COVID : « Durant cette élection des maires ont pu être élu par un dixième à peine des habitants de la commune ». C’est donc une tendance qu’il faudrait essayer d’inverser, même si les maires sont généralement bien élus.
De plus, « les 18-25 ans ont tendance à moins voter, y compris ceux qui sont très politisés d’ailleurs ». C. Le Bart estime que ce détournement des urnes est à rapprocher du fait que les jeunes générations s’intéressent peu à l’échelle locale et seraient « plus préoccupés par les grandes questions nationales ». Ils ont ainsi un avis sur Mélenchon et Bardella mais pas forcément sur les écoles, les crèches ou les routes. Enfin, la mobilité des jeunes générations est aussi à prendre en compte comme un facteur de cette baisse de participation : « les étudiants qui vivent chez leurs parents mais font leurs études dans une autre ville se fichent un peu des municipales ».
En plus de cela, le nombre impressionnant de communes en France (35000), crée un dysfonctionnement démocratique. En effet en raison du surplus de communes, on se retrouve avec « de plus en plus de communes ne présentant pas de candidats ou ne présentant qu’une ou deux liste », un problème pour la démocratie, qui est censée partir d’un choix, selon M. Le Bart. Heureusement, certaines solutions commencent à émerger, visant à régler ces problèmes en diminuant le nombre de communes. On peut par exemple citer le projet des « communes nouvelles », qui rassemble les communes atteintes de désertification en communes plus grandes susceptibles de proposer plusieurs listes. Selon C. Le Bart, démocratiser ce projet permettrait de limiter les problèmes engendrés par le trop grand nombre de communes.
Ce n’est cependant pas le seul problème qui nuit à la démocratie. En effet, de nombreuses listes sont présentées sans étiquette politique marquée, ce qui selon C Le Bart serait « une stratégie qui vise à présent à mettre ou non en avant son appartenance à tel ou tel parti politique durant les municipales ». On retrouverait notamment ce phénomène au niveau des extrêmes, gauche comme droite, dont les listes se désolidarisent des partis politiques, car « l’image des partis politiques est aujourd’hui tellement abîmée que des listes préfèrent s’en passer », nous indique C. Le Bart. C’est notamment le cas de la gauche sortante à Rennes, qui préfère « candidater sur son bilan que sur son étiquette », comme de nombreux sortants (PS, républicains,…). Ces scandales pourraient d’ailleurs grandement influer sur ces municipales 2026. En effet, même si ce ne sont généralement pas des élections passionnées en raison des enjeux moindres qu’elles présentent et du désintérêt des partis politiques, les tensions nationales et internationales étant au plus haut, « Il est possible qu’un taux de participation plus élevé que la moyenne soit enregistré pour ces élections ». Cela s’explique également par la montée des partis d’extrême droite et les scandales politiques tels que l’affaire Quentin Deranque. C. Le Bart souligne donc que « l’ambiance est quand même à la brutalisation, aux tensions et aux violences, ce qui est assez rare pour une élection municipale ».
Cependant, certaines listes font fi de ces tensions et montrent des participants de différents milieux sociaux, quitte à faire équipe avec des personnes de différents bords politiques. C. Le Bart nous explique donc que cette pluralité, inscrite dans la loi, est « assez logique en terme de représentation démocratique » car elle permet au maire de se présenter comme proche de ses électeurs en représentant tous les milieux sociaux présents dans la ville. Les maires essaient donc de faire une place aux minorités afin de « ne pas donner l’impression que c’est une bande de copains qui se ressemblent tous ». C’est ce que l’on appelle la représentativité sociologique
Milan Elleouet.